viernes, 23 de septiembre de 2016

Un poema de Pierre Louÿs

Pierre Louÿs

Consejos a un amante 

Si quieres ser amado por una mujer, joven amigo, no importa cuál sea, no le digas que la quieres, pero haz de tal modo que te vea todos los días, luego toma distancia, luego vuelve a dejarte ver. 

Si te dirige la palabra, muéstrate amoroso pero no te apures. Irá por sí misma a ti. Sé sabio entonces en tomarla por la fuerza, el día en que ella misma esté dispuesta a entregarse. 

Cuando la recibas en tu lecho, deja de lado tu propio placer. Las manos de una mujer enamorada se muestran temblorosas y no son de acariciar. Permíteles no ser ardientes. 

En cuanto a ti, no descanses. Prolonga tus besos hasta quedarte sin aliento. No la dejes dormir aunque te lo pida. Besa siempre esa parte de su cuerpo hacia la que dirige sus ojos. 


Conseils à un amant 

Si tu veux être aimé d’une femme, ô jeune ami, quelle qu’elle soit, ne lui dis pas que tu la veux, mais fais qu’elle te voie tous les jours, puis disparais, pour revenir.

Si elle t’adresse la parole, sois amoureux sans empressement. Elle viendra d’elle-même à toi. Sache alors la prendre de force, le jour où elle entend se donner.

Quand tu la recevras dans ton lit, néglige ton propre plaisir. Les mains d’une femme amoureuse sont tremblantes et sans caresses. Dispense-les d’être zélées.

Mais toi, ne prends pas de repos. Prolonge les baisers à perte d’haleine. Ne la laisse pas dormir, même si elle t’en prie. Baise toujours la partie de son corps vers laquelle elle tourne les yeux. 

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PIERRE LOUŸS. Les chansons de Bilitis / traduites du Grec. Ilustrations de Raul Soldi. Editorial Poseidon. Buenos Aires, 1945. 
 

martes, 13 de septiembre de 2016

Un poema de Pierre Louÿs


A UN MARIDO FELIZ 

Te envidio, Agorakrites, por tener una mujer tan esforzada. Es ella quien cuida el establo y, por las mañanas, en lugar de hacer el amor da de beber a las bestias. 

Eso te regocija. Que otros, dices, persigan los bajos placeres, permanezcan despiertos por las noches, duerman durante el día e incluso le pidan a la adúltera una saciedad criminal. 

Sí; tu mujer trabaja en el establo. Hay quienes dicen que prodiga mil caricias al más joven de tus asnos. ¡Ah! ¡Ja! ¡Es un animal muy bonito! Tiene un mechón negro sobre los ojos. 

Dicen que juega entre sus patas, bajo su vientre dulce y gris... Pero aquellos que tal cosa afirman son unos murmuradores. Si tu asno le gusta, Agorakrites, seguramente es que su mirada le recuerda la tuya. 



À UN MARI HEUREUX 

Je t’envie, Agorakritès, d’avoir une femme aussi zélée. C’est elle-même qui soigne l’étable, et le matin, au lieu de faire l’amour elle donne à boire aux bestiaux.
 
Tu t’en réjouis. Que d’autres, dis-tu, ne songent qu’aux voluptés basses, veillent la nuit, dorment le jour et demandent encore à l’adultère une satiété criminelle.
 
Oui ; ta femme travaille à l’étable. On dit même qu’elle a mille tendresses pour le plus jeune de tes ânes. Ah ! Ha ! c’est un bel animal ! Il a une touffe noire sur les yeux.
 
On dit qu’elle joue entre ses pattes, sous son ventre gris et doux... Mais ceux qui disent cela sont des médisants. Si ton âne lui plaît, Agorakritès, c’est que son regard sans doute lui rappelle le tien. 

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PIERRE LOUŸS. Les Chansons de Bilitis - Traduites du grec. Ilustrations Raul Soldi. Editorial Poesidon. Buenos Aires, 1945. 

Un poema de Pierre Louÿs





EL SILENCIO DE MNASIDIKA


Se había estado riendo todo el día, y hasta se había burlado un poco de mí. Se había negado a obedecerme delante de varias desconocidas. 

Cuando volvimos, simulé no querer hablarle y, como se arrojara a mi cuello, diciéndome: "¿Estás enojada?", le dije: 

"¡Ah!, ya no sos la de otras veces, ya no sos la del primer día. Ya no te reconozco Mnasidika". Nada me respondió; 

Pero se puso todos los adornos que hacía tanto no usaba, y el mismo vestido amarillo, bordado de azul, de nuestro primer encuentro. 



LE SILENCE DE MNASIDIKA

Elle avait ri toute la journee, et meme elle s'etait un peu moquee de moi. Elle avait refuse de m'obeir, devant plusieurs femmes etrangeres.

Quand nous sommes rentrees, j'ai affecte de ne pas lui parler, et comme elle se jetait a mon cou, en disant: "Tu es fachee?" je lui ai dit:

"Ah! tu n'es plus comme autrefois, tu n'es plus comme le premier jour. Je ne te reconnais plus, Mnasidika." Elle ne m'a rien repondu;

Mais elle a mis tous ses bijoux qu'elle ne portait plus depuis longtemps, et la meme robe jaune brodee de bleu que le jour de notre rencontre. 

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PIERRE LOUŸS. Les Chansons de Bilitis - traduites du grec. Ilustrations de Raul Soldi. Editorial Poseidon. Buenos Aires (Argentina), 1945.